rien


rien

rien [ rjɛ̃ ] pron. indéf., n. m. et adv.
• 1050 n. f. « chose » encore au XVIe; 980 ren non « nulle chose »; du lat. rem, accus. de res « chose » → réel REM. Rien (objet direct) se place normalement devant le p. p. des v. aux temps comp. et devant l'inf. : Je n'ai rien vu. Ne rien voir.
INominal indéf. ( REM. Dans cet emploi, on fait la liaison et la voyelle reste nasale : rien à dire [ rjɛ̃nadir ] .)
1Quelque chose (dans un contexte qui n'est pas affirmatif [forme ou sens]). Il fut incapable de rien dire, de dire quoi que ce soit. Il est difficile d'en rien conclure. « Une fatigue telle que je renonce à rien exiger de moi » (A. Gide). (Avec ne pas, lorsque pas et rien sont dans des propos. distinctes) « Je ne crois pas savoir rien de bon [...] ni pouvoir rien enseigner aux hommes » (Nerval). Littér. (Avec avant de, avant que) « Avant que le jeune homme ait rien pu dire » (Alain-Fournier). Réfléchir avant de rien entreprendre. (Avec sans) Rester sans rien dire. Sans qu'il dise rien. (Dans une interrog. dir. ou ind.) A-t-on jamais rien vu de pareil ? Vieilli « Diable emporte si j'entends rien en médecine ! » (Molière).
2(XIIe) (Employé avec ne dans la même proposition) Aucune chose, nulle chose (souvent renforcé, dans l'expr. rien du tout, absolument rien).
(En compl.) Je ne sais rien, je n'ai rien vu. Je n'y vois rien. 1. goutte. Il n'y a rien à ajouter. Je n'ai rien dit. Ne dites rien à personne. Il ne se refuse rien. Elle n'a peur de rien. « Les gens qui ne veulent rien faire de rien n'avancent rien et ne sont bons à rien » (Beaumarchais). PROV. Qui ne risque rien n'a rien. Vous n'aurez rien du tout (cf. fam. Ceinture, des clous, des nèfles, la peau, que dalle). Cela ne me fait plus rien du tout. Cela ne vaut rien (cf. fam. Pas un clou). Je n'y comprends rien (cf. fam. Que dalle). Il ne comprend rien à rien. Ça ne me dit rien. Cela ne fait rien : cela n'a aucune importance. On n'y peut rien. Cela n'a rien à voir. Ne croire à rien. nihiliste. Réduire à rien. néantiser. Ça ne sert à rien. Cela n'engage à rien. « Il n'eût pour rien au monde consenti à laisser son domaine » (F. Mauriac). Je n'ai rien que mon salaire. seulement. — RIEN DE (suivi d'un adj. ou adv. de quantité). Rien de précis. « À l'ouest rien de nouveau », film de L. Milestone, d'après E. M. Remarque. Il n'y a rien d'autre, rien de mieux, rien de tel. N'avoir rien de mieux à faire. Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau. « Ta parole est un chant où rien d'humain ne reste » (Hugo). — IL N'EN EST RIEN : rien n'est vrai de cela. — Comme si de rien n'était : en agissant comme si rien ne s'était passé; en affectant l'innocence, l'indifférence, l'oubli. — N'avoir l'air de rien. Ne ressembler à rien. — N'AVOIR RIEN DE (et subst.) :n'avoir aucun des caractères de... Elle n'a rien d'une ingénue. — N'AVOIR RIEN DE (et adj.) :n'être pas du tout. Cela n'a rien d'impossible, rien d'anormal. La maison n'a rien de luxueux mais elle est confortable.
(Employé comme sujet) Rien n'est trop beau pour lui. Rien ne va plus (spécialtil est trop tard pour miser, au jeu). Rien n'y fait. Une ignorance que rien n'excuse. « Rien n'a ordinairement l'air plus faux que le vrai » (Gautier). Plus rien ne bouge. Plus rien ne compte que son travail.
(En attribut) N'ÊTRE RIEN : n'avoir aucun pouvoir, aucune valeur, aucune importance. « C'est n'être rien que de n'être pas tout » (Balzac). « Le génie sans talent n'est rien » (Valéry). N'être rien par rapport à, en comparaison de (qqn, qqch.). Elle n'est rien pour moi : elle ne compte pas pour moi. — CE N'EST RIEN : c'est sans importance, sans conséquence, sans gravité. Vous vous êtes blessé ? — Ce n'est rien (fam. c'est rien).Fam. Mille francs d'augmentation, ce n'est pas rien, ce n'est pas négligeable. — N'y être pour rien : n'avoir aucune responsabilité (dans qqch.).
Littér. RIEN MOINS (QUE) : aucunement, nullement. Vieilli Il n'est rien moins qu'un savant : il n'est aucunement un savant. « Ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit » (Molière). Mod. Ce n'est rien moins que sûr : ce n'est pas du tout sûr. — Pas moins. « Il ne s'agissait de rien moins que d'allumer le feu de la guerre civile » (Bossuet). Il « ne parlait rien moins que d'intenter à Lisée un bon procès » (Pergaud).
♢ RIEN DE MOINS (QUE) : rien de moins important que. « Il ne s'agit de rien de moins que de changer une égalité en inégalité » (Valéry).
3Loc. adv. EN RIEN (positif) :en quoi que ce soit. Elle « ne souffrait pas que l'héritier fût désobéi en rien » (Rousseau). Sans gêner en rien son action. — NE... EN RIEN : d'aucune manière, pas du tout. Cela ne nous touche en rien.
4 (Sans ne) Nulle chose. (Réponse négative à une question) Que faites-vous ? — Rien. À quoi penses-tu ? — À rien. (Avec à) Il n'y a rien à dire. (Phrase ellipt.) Rien à dire, c'est parfait. Rien à faire : la chose est impossible (cf. fam. Pas moyen); (en réponse à une demande) non (cf. Pas question). — Rien à signaler (abrév. fam. R. A. S. ).Fam. (J'en ai) rien à foutre, à cirer, à branler : ça m'est égal (cf. Je m'en fous). — Rien d'étonnant si vous êtes malade. Fam. Mine de rien. « Je vous remercie. — De rien » (cf. Je vous en prie). Ou rien. C'est tout ou rien : il n'y a pas de demi-mesure. C'est cela ou rien : c'est la seule alternative, il n'y a pas d'autre choix. Ce que nous pouvons faire ou rien, c'est la même chose : nous ne pouvons rien faire d'utile. — RIEN DE PLUS, RIEN DE MOINS : exactement (ceci). « Elle ne disait que le nécessaire, rien de plus, rien de moins » (A. Hermant). — MOINS, MIEUX... QUE RIEN. « C'était mieux que rien du tout, une telle satisfaction » (Céline). C'est moins que rien : c'est très mauvais. — N. Un, une moins que rien (cf. ci-dessous II, 4o rien du tout). — EN MOINS DE RIEN : en très peu de temps. ⇒ rapidement. « On vous volera cela en moins de rien » (Stendhal). Fam. Cela atteint des millions comme rien, facilement, aisément.
♢ RIEN QUE... seulement. Jurez-vous de dire toute la vérité, rien que la vérité ? « Pas la couleur, rien que la nuance ! » (Verlaine). Iron. Il en exige le double, rien que ça ! (cf. Une paille !). Rien qu'un peu. C'est à moi, rien qu'à moi. uniquement. « J'aurais donné mon dernier dollar à la concierge de Lola rien que pour la faire bavarder » (Céline). « Rien que d'y penser j'en suis choquée » (Proust). « n'avait-il pas cassé notre unique chaise rien qu'en s'asseyant dessus ? » (Perec) .
5(Après une prép.) Chose ou quantité nulle, ou quasi nulle. Faire qqch. de rien. Vivre de rien. Se réduire à rien. zéro. À propos de tout et de rien.
♢ POUR RIEN [ purrjɛ̃ ]; pop. [ purərjɛ̃ ] :pour un résultat nul, en vain. Un coup pour rien (cf. Un coup d'épée dans l'eau). Se déranger pour rien. inutilement (cf. fam. Pour des prunes). Pour une cause insignifiante, sans raison. Beaucoup de bruit pour rien. Tu te fatigues pour rien. Ce n'est pas pour rien que je me suis fâchée. Sans payer. gratuitement. Je l'ai eu pour rien. Par exagér. À bas prix, à vil prix (cf. Pour une bouchée de pain; trois francs six sous). « D'immenses terrains achetés pour rien avant la conquête » (Maupassant). C'est donné, c'est pour rien ! (cf. Bon marché). Loc. prov. On ne fait rien pour rien. On n'a rien pour rien. Pour une chose de valeur nulle, insignifiante. Compter pour rien (cf. Pour du beurre).
♢ DE RIEN; DE RIEN DU TOUT (compl. de nom) :sans valeur, sans importance. Un petit bobo de rien du tout. Une fille de rien, de mauvaise conduite. — (Après un numér. et fois) Deux, trois fois rien : une chose insignifiante. — Rien de rien : rien du tout.
II N. m. (1406) ( REM. Dans cet emploi, on ne fait pas de liaison : un rien effraie [ rjɛ̃efrɛ ] cet enfant .)
1Didact. ou poét. néant. « Et tandis qu'on philosophait sur le rien de cette existence, il triomphait, ce rien, jusque dans la mort » (A. Daudet). « Si l'on demande quel est ce rien qui fonde la liberté, nous répondrons qu'on ne peut le décrire, puisqu'il n'est pas » (Sartre).
2Cour. UN RIEN : une chose sans importance, sans valeur, insignifiante, futile. ⇒ bagatelle, vétille. Un rien le froisse. Un rien les amuse. Un rien l'habille. « Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre » (La Fontaine). (1667) Au plur. DES RIENS. Perdre son temps à des riens. bêtise, futilité, niaiserie. Les petits riens qui rendent la maison agréable. — POUR UN RIEN, DES RIENS : pour la moindre cause, pour une raison insignifiante (cf. Pour un oui, ou pour un non). « Pour un rien, elle était appelée [...] sotte et maladroite » (Balzac). Se faire de la bile pour un rien. Il fait des histoires pour des riens. Fam. (emploi critiqué) COMME UN RIEN (probablt corrupt. de comme rien) :très facilement. Il saute 1 m 50 comme un rien. Une machine qui broierait un homme comme un rien.
3 ♦ UN RIEN DE... : un petit peu de. En reprenez-vous ? — Un rien (cf. Une goutte, une miette). « J'aimerais que notre arrivée gardât un rien d'imprévu » (Romains). brin. Il s'en est fallu d'un rien qu'il tombât, de très peu. — EN UN RIEN DE TEMPS : en très peu de temps. ⇒ promptement. Il était prêt en un rien de temps.
Loc. adv. UN RIEN :un petit peu, légèrement (cf. Un tantinet). Costume un rien trop grand. « De petites mains un rien grassouillettes » (Goncourt). « des gaufrettes ramollies qui sentaient le fond de tiroir et un rien aussi le pétrole » (Romains).
4 N. Vieilli UN, UNE RIEN DU TOUT : une personne méprisable (socialement, moralement). « Oh ! ces riens du tout [...] on sait comment elles le gagnent, l'argent » (Zola ).
III Adv. (fin XIXe) Pop. et vieilli (par antiphr.) Très. drôlement, rudement. Il fait rien froid ! « Elle sont rien drôles ! » (Zola). « C'est rien bath ici ! » (Queneau). ⊗ CONTR. Chose (quelque chose), tout. Beaucoup.

rien pronom indéfini (latin rem, accusatif de res, chose) Avec ne, exprime la négation ou l'absence de quelque chose, en fonction de sujet, de complément ou d'attribut : Cela ne signifie rien. Un écrivain qui n'a plus rien à dire. Rien ne le surprend. Sans ne, a une valeur négative dans des réponses et dans des phrases sans verbe : « À quoi pensez-vous ? — À rien. » Rien vu, rien entendu. Sans ne, a le sens de " quelque chose ", " quoi que ce soit " dans des phrases interrogatives, dubitatives, des subordonnées dépendant d'une principale négative, avec certains verbes ou adjectifs de sens négatif, après avant de ou que, sans, sans que, trop… pour, etc. : Est-il rien de plus injuste que cette mesure ? Impossible de rien tenter actuellement. Sans que rien le laisse prévoir, il a démissionné. Cela ne fait rien, cela n'a aucune importance. Cela ou rien, c'est la même chose, cela n'a aucun effet, ne compte pas. Ce (cela) n'est rien, c'est une chose sans importance, sans gravité. Familier. Ce n'est pas rien, c'est une chose notable, avec laquelle il faut compter. Comme si de rien n'était, comme s'il ne s'était rien passé. Familier. De rien, réponse polie à un remerciement. Familier. De rien du tout, sans aucune importance, insignifiant. En rien, en aucune façon, nullement. Vieux.. Une fille de rien, de mauvaise vie. N'avoir rien de, n'être pas précisément : Il n'a rien d'un homme d'action. N'être rien, n'avoir aucune valeur, aucune importance personnelle ; être insignifiant. N'être rien à (pour) quelqu'un, n'être nullement lié à lui par la parenté ou l'amitié. Pour rien, en pure perte ; sans raison valable, sans que cela compte : Attendre pour rien. Rien au monde, rien du tout, ou, familièrement, rien de rien, formes renforcées de rien. Rien que, seulement. Familier. Rien que ça !, souligne ironiquement l'importance de quelque chose. Trois fois rien, très peu de chose ou d'argent. ● rien (citations) pronom indéfini (latin rem, accusatif de res, chose) Marcel Achard Sainte-Foy-lès-Lyon 1899-Paris 1974 Académie française, 1959 Rien égale tout. Domino, I, 9, Domino Gallimard Antonin Artaud Marseille 1896-Ivry-sur-Seine 1948 L'absolu n'a besoin de rien. Ni de dieu, ni d'ange, ni d'homme, ni d'esprit, ni de principe, ni de matière, ni de continuité. Héliogabale ou l'Anarchiste couronné Gallimard Nicolas Boileau, dit Boileau-Despréaux Paris 1636-Paris 1711 Le pénible fardeau de n'avoir rien à faire. Épîtres Joseph Joubert Montignac, Corrèze, 1754-Villeneuve-sur-Yonne 1824 Tous les êtres viennent de peu, et il s'en faut de peu qu'ils ne viennent de rien. Pensées Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 […] Rien de trop est un point Dont on parle sans cesse et qu'on n'observe point. Fables, Rien de trop Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Pensées, 72 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Paul Valéry Sète 1871-Paris 1945 Ce qui n'est pas fixé n'est rien. Ce qui est fixé est mort. Autres Rhumbs Gallimard Perse, en latin Aulus Persius Flaccus Volterra 34-Rome 62 après J.-C. Rien ne naît de rien, ne retourne à rien. … Gigni De nihilo nihil, in nihilum posse reverti. Satires, III, 84 Commentaire Célèbre aphorisme résumant la philosophie épicurienne. Sénèque, en latin Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Philosophe Cordoue vers 4 avant J.-C.-65 après J.-C. Après la mort, il n'y a rien et la mort elle-même n'est rien. Post mortem nihil est ipsaque mors nihil. Les Troyennes, 398 Valentine Visconti, duchesse d'Orléans Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien. Commentaire Devise prise par la duchesse d'Orléans en 1407, après l'assassinat de son mari par les hommes de Jean sans Peur. La mère du poète Charles d'Orléans en demeura inconsolable et mourut l'année suivante. Gertrude Stein Allegheny, Pennsylvanie, 1874-Neuilly-sur-Seine 1946 En général, les gens sont plus intéressants quand ils ne font rien que quand ils font quelque chose. Generally speaking anybody is more interesting doing nothing than doing anything. Four Saints in Three Acts rien (difficultés) pronom indéfini (latin rem, accusatif de res, chose) Sens 1. Rien employé au sens de quelque chose, quoi que ce soit. Rien (du latin rem, accusatif de res, chose) veut dire étymologiquement « quelque chose ». Il a gardé cette valeur positive en français dans quelques constructions, notamment : Dans les phrases interrogatives et hypothétiques : y a-t-il rien de plus beau ? Il serait bien étonnant qu'il y comprenne rien. Après sans et sans que : il est resté trois mois sans que rien change ; il est parti sans rien prendre. Après avant de et avant que : elle est partie avant d'avoir pu rien dire ; on l'a renvoyée avant qu'elle ait pu rien dire. Après certains verbes à valeur négative (refuser, défendre, empêcher, craindre, etc.) : elle a refusé de rien prendre. 2. Rien employé sans ne avec une valeur négative. Rien peut avoir une valeur négative sans être accompagné de la négationne : il est parti de rien ; et moi, je compte pour rien ? 3. Ne... rien de moins que / ne... rien moins que. Ne pas confondre ces deux tournures de sens opposés. Ne... rien de moins que= vraiment, précisément, bel et bien. Ce geste n'est rien de moins qu'un acte d'héroïsme (= c'est un acte d'héroïsme). Ne... rien moins que= ne... pas du tout, nullement. Il n'est rien moins que savant (= il n'est pas du tout savant, il est ignorant). Recommandation Ces deux tournures prêtant à confusion, voire à contresens, il est préférable de les éviter. Construction Rien qui, rien que (+ subjonc-tif). La relative qui suit rien se met toujours au subjonctif : tout cela ne me dit rien qui vaille ; il n'y a rien que je ne puisse faire pour vous (= je peux tout faire pour vous). Registre 1. Ce n'est pas rien. Cette expression relève de l'expression orale familière : cinq cent mille francs, ce n'est pas rien. Recommandation Dans l'expression soignée, en particulier à l'écrit, préférer c'est considérable, ce n'est pas négligeable, etc. 2. De rien, en réponse à un remerciement, est courant : « Je vous remercie - De rien. » RECOMM. Dans l'expression surveillée, préférer je vous en prie. 3. Comme si de rien n'était peut être employé dans tous les registres : elle a continué, comme si de rien n'était (= comme si rien n'était arrivé). Recommandation Éviter comme si rien n'était, sans de. 4. Ne servir à rien / ne servir de rien. → servir 5. Rien autre / rien d'autre. → autrerien nom masculin Littéraire. Néant. Ce qui est de peu d'importance ; petite chose, futilité : Un rien l'irrite ou l'indispose. S'inquiéter pour des riens.rien adverbe Populaire. Très, tout à fait ; drôlement : Le soleil est rien chaud aujourd'hui !rien (citations) nom masculin Jean Grosjean Paris 1912 Le rien a su qu'il n'était rien sauf le besoin de tout. Apocalypse Gallimard Claude Lévi-Strauss Bruxelles 1908 Le moi n'est pas seulement haïssable : il n'a pas de place entre un nous et un rien. Tristes Tropiques Plon Bible Vous les hommes, jusques à quand ces cœurs fermés, ce goût du rien, cette course au mensonge ? Ancien Testament, Psaumes IV, 3 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». ● rien (expressions) nom masculin Familier. Comme un rien, avec la plus grande facilité : Il soulève 100 kilos comme un rien. En un rien de temps, en très peu de temps. Un rien de quelque chose, une très petite quantité. Un(e) rien du tout, un(e) moins que rien, une personne qui ne mérite aucune considération. ● rien (synonymes) nom masculin Ce qui est de peu d'importance ; petite chose, futilité
Synonymes :
- bricole (familier)
- foutaise (populaire)
- futilité
- misère
- vétille
Tout ou rien indique l'absence de compromis possible : La politique du tout ou rien.

rien
Pron. indéf. et n.
aA./a Pron. indéf. nominal.
rI./r (Sens positif.) Quelque chose, quoi que ce soit.
d1./d (Dans une phrase interrogative.) Y a-t-il rien de si beau qu'un coucher de soleil?
d2./d (Après une principale à sens négatif.) Il est impossible de rien faire.
|| (Après avant, avant que, sans, sans que, trop, etc.) Il est parti sans rien dire.
rII./r (Sens négatif, quelquefois renforcé par du tout.)
d1./d (En corrélation avec l'adv. de négation ne.) Nulle chose, néant. Il ne fait rien du tout. Cela ne fait rien, ne sert à rien. Il ne me gêne en rien.
|| Loc. adv. Comme si de rien n'était: comme s'il ne s'était rien passé.
|| Rien que...: seulement. Je demande mon dû, et rien que mon dû.
|| Loc. Rien de moins que: bel et bien. Il n'est rien de moins qu'un escroc.
d2./d Employé sans négation.
|| (En tournure elliptique.) Nulle chose. Je veux tout ou rien.
En réponse à une question. Que fait-il?
Rien. à quoi pensez-vous?
à rien.
|| Chose, quantité, valeur, utilité nulle ou négligeable. Travailler pour rien. Se contenter de rien. C'est trois fois rien.
|| De rien, de rien du tout: insignifiant, sans valeur. Une petite erreur de rien du tout.
Péjor. (Personnes) De rien: de peu d'importance; méprisable. Un homme de rien. Une fille de rien, dépravée.
aB./a n. m.
d1./d Peu de chose. Un rien le fâche.
|| Un rien de: très peu de, un soupçon de. Ajoutez un rien de sel. En un rien de temps.
|| Loc. adv. Un rien: légèrement. C'est un rien trop cuit.
d2./d Chose sans importance, sans valeur. S'amuser à des riens.
aC./a n. Un, une moins que rien; un, une rien du tout: une personne sans importance, sans valeur, sans vertu.

⇒RIEN, pron. indéf.
Pron. indéf. de l'inanimé, capable d'assumer toutes les fonctions du subst. [S'emploie ou bien avec un sens voisin de « quelque chose » dans les cont. à orientation nég. (I), ou bien (cas le plus fréq.) en alliance avec ne (éventuellement effacé) (II) ou encore, en dehors de ne et en dehors de tout cont. nég., avec valeur de nég. pleine (III); s'utilise aussi subst. (IV)]
I. — [Dans les cont. à orientation nég.]
A. — Vieilli ou littér. Synon. quoi que ce soit, quelque chose.
1. [En prop. hyp. ou interr. (dir. ou indir.)] Et je vous trouverais coupable, Si je pouvais en vous trouver rien d'imparfait (DESB.-VALM., Élégies, 1833, p. 63):
1. Peut-on rien comprendre à la vie humaine, si l'on ne commence pas par comprendre que toujours c'est la pauvreté qui surabonde en grandeur?
MARITAIN, Human. intégr., 1936, p. 205.
2. [Apr. une princ. de sens nég.]
a) [Dans une sub.] Je doute qu'il ait rien attendu ni espéré des Indiens (MAURIAC, Journal 2, 1937, p. 110). Faute que personne proposât rien qui répondît à la situation (DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p. 6).
b) [Dans un syntagme inf.] Je n'ai nullement l'intention, l'illusion, de fixer rien d'éternel (GIDE, Geneviève, 1936, p. 1361). Il n'est pas besoin de rien ajouter (RICŒUR, Philos. volonté, 1949, p. 55).
c) [Dans une coord.] Aucune spéculation ne créera une obligation ou rien qui y ressemble (BERGSON, Deux sources, 1932, p. 45).
3. [Apr. certains adj., subst. ou verbes de sens nég.] Il est difficile, impossible, injuste, inutile, malaisé... d'en rien conclure; impuissant à rien comprendre; l'impuissance, l'inaptitude à rien comprendre; le refus, l'interdiction d'en rien dire; désespérer, éviter, se garder, négliger, prendre garde, refuser, se retenir d'en rien conclure; empêcher qqn d'en rien dire; se refuser à en rien croire. Impuissants à rien changer (J.-R. BLOCH, Dest. du S., 1931, p. 83). Vous êtes incapable de rien comprendre à un sentiment de cet ordre (MAURIAC, Asmodée, 1938, I, 3, p. 23).
4. [Apr. diverses loc. prép. ou conjonctionnelles dont le sens comporte un aspect nég.] Loin d'en rien soupçonner...; avant qu'il fasse rien qui... Avant de rien conclure, il nous faut les emprunter (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 102):
2. Julie (...) me parlait de V. comme du seul ami digne de moi pour qui elle eût voulu accroître mon amitié au lieu d'en rien retrancher par une étroite jalousie de cœur.
LAMART., Raphaël, 1849, p. 247.
5. [En système compar. d'inégalité] Ils me sont plus chers que rien au monde. Autant vaudrait-il nous aller jeter sur-le-champ à la Seine, plutôt que de nous donner le souci de rien entreprendre (ZOLA, Argent, 1891, p. 141).
B. — [Apr. sans et sans que] Synon. quoi que ce soit. Pièce sévère, chef-d'œuvre viril, sans rien qui délasse ou qui émeuve (BRASILLACH, Corneille, 1938, p. 279). À force d'être anxieuse sans que rien arrive, le jour où la foudre tombe on se trouve presque calme (MONTHERL., Reine morte, 1942, I, 2e tabl., 4, p. 154).
Rem. Apr. sans que, se rencontre fréq. avec ne explétif, quoique considéré comme incorrect par les puristes: On apprenait tantôt des victoires, tantôt des défaites, sans que rien n'avançât, ne bougeât (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 206).
II. — [En alliance avec ne, éventuellement effacé]
A. — [Avec d'autres mots nég. (aucun, personne, jamais, plus...) ou avec lui-même] Synon. quoi que ce soit. Il ne fait jamais rien; il ne sait rien de rien. Il ne disait rien à personne (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 19).
B. — [Sans autre mot nég.]
1. Ne... rien, rien... ne. Rien ne vaut l'air de la campagne; je n'en sais rien; il n'en est rien. Rien n'est triste comme l'aspect de ces lacs (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 320). Pour rien au monde elle n'oserait demander à M. Arsène de ralentir (BERNANOS, Mouchette, 1937, p. 1273).
Rem. Place du mot rien; empl. comme compl. d'obj., se place apr. le verbe aux temps simples (il ne dit rien), apr. l'auxil. aux temps comp. (il n'a rien dit), except. apr. le part. (je n'ai jamais vu rien de tel ds HANSE Nouv. 1983). Dans la dépendance d'un inf., il précède celui-ci: sans rien dire. Peut précéder ou suivre en ou y: ne rien y entendre; n'y rien entendre (le second est plus littér.).
Ne... presque rien, ne... à peu près rien, ne... absolument rien. Tu ne comprendras absolument rien à ce que je vais te dire (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Mots amour, 1882, p. 602). Je ne connais à peu près rien de Bergson (GIDE, Journal, 1924, p. 782).
Ne... en rien. Nullement. Le ridicule de cette soirée ne diminuerait en rien leur sincérité ni leur haine (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 462).
2. Fam. Ne... pas rien. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas négligeable. Vous êtes de la maison? (...) Plutôt. Seize ans, ce n'est pas rien (CAMUS, Cas intéress., 1955, 1er temps, 1er tabl., p. 604).
3. Ne... rien du tout. Ne... aucune chose, quelle qu'elle soit. On ne comprend rien du tout à la messe tant qu'on espère y comprendre quelque chose (ALAIN, Propos, 1930, p. 981).
Rem. Il ne sait rien peut se dire de qqn qui, sur un sujet donné, ne sait pas grand-chose; il ne sait rien du tout suppose une ignorance complète.
4. [Déterminé par un adj. ou une relative] Il n'a rien d'humain; il n'y a rien là de bien original; je ne connais rien d'autre, rien de tel; cela ne me dit rien qui vaille; rien que tu ne saches.
Vx. Ne... rien autre, ne... rien tel, ne... rien autre chose. Il ne voyait rien autre (ZOLA, Bête hum., 1890, p. 118). Tu n'as rien autre chose? (JARRY, Ubu, 1895, III, 2, p. 57). Ah!... il n'est rien tel que de vivre ensemble pour ne se voir jamais (HERMANT, M. de Courpière, 1907, III, 8, p. 26).
5. [Dans des tours compar.]
a) Ne... rien de moins que, rien de moindre que. Tout à fait, pleinement, bel et bien. Il n'est rien de moins qu'un héros, ou (vx) rien de moindre qu'un héros. Il est bel et bien un héros. Il ne s'agit de rien de moins que de se faire un regard sur toutes choses (VALÉRY, Variété V, 1938, p. 226).
b) Ne... rien moins que. Nullement. Ces ovules, ces germes des êtres supérieurs auxquels on assimile les « ovules primitifs », ne sont rien moins que des êtres simples (J. ROSTAND, La Vie et ses probl., 1939, p. 168).
Rem. Est parfois synon. de ne... rien de moins que. En raison de cette ambiguïté, l'Ac., LITTRÉ et de nombreux grammairiens (cf. p. ex. VINC. 1910) conseillent d'éviter ce tour: Il ne s'agit de rien moins dans les deux cas que de substituer un type général de recherches et d'hypothèses à l'empirisme (VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1901, p. 383). Il ne faut rien moins que l'amour de Dieu pour que l'homme renonce à ce désespoir (MAURIAC, Journal 2, 1937, p. 113).
c) Comme si de rien n'était. [Marque que telle action se produit comme si telle autre (suggérée par le cont.), dont on pouvait penser qu'elle l'empêcherait, n'avait pas lieu] Cette cloche à plongeur où — à jamais comme si de rien n'était — se consommait un prenant mystère d'habitude (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 46).
Aussi, pas plus, pas moins... que si de rien n'était. Et malgré qu'il eût bouffé six heures durant comme un ogre, il avait la voix aussi fraîche et aussi juste que si de rien n'était (SAND, Maîtres sonneurs, 1853, p. 97).
6. [Dans des tournures diverses]
a) Vx. Il n'y a rien qu'il était ici (Ac. 1878). Il y a peu de temps que...
b) N'être rien
Ce n'est rien. C'est sans gravité, sans signification, sans importance. Ce n'est rien, va te coucher! cria son père (ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 288).
Cela ne lui est rien/de rien (vx). Cela ne l'intéresse pas, ne lui est d'aucune utilité. Mes soldats et mes tambours ne m'étaient plus de rien (A. FRANCE, Bonnard, 1881, p. 286). Vous ne changez pas son corps, qui ne vous est rien (GIRAUDOUX, Lucrèce, 1944, I, 8, p. 66).
Cela n'est de rien à qqn (vx). Cela lui est indifférent. Pour moi, les choses que vous me donnez et que je pose sur une commode ou que j'accroche au mur, ne me sont de rien; je n'aime que les choses qui me suivent, que je porte avec moi, que mes doigts peuvent toucher, comme cet éventail (GONCOURT, Journal, 1895, p. 710).
Rem. N'être rien à qqn et n'être de rien à qqn sont fréq. confondus: Hors de là, tout ne leur est rien (BLONDEL, Action, 1893, p. 176).
[En parlant d'une pers.] N'être rien à qqn (vx). Être sans lien de parenté avec lui. La personne qui m'a vraiment servi de mère, et qui a eu double mérite puisqu'elle ne m'est rien, c'est une amie que j'aime du reste comme une mère (PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 883).
N'y être pour rien. N'y avoir aucune responsabilité, aucune part. Le général de Gaulle n'y était, évidemment, pour rien (DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p. 413).
c) (N'être) bon à rien. V. bon1 I A 1 b. (Être un) propre(-)à(-)rien.
d) Ne rien faire (v. faire1 II A 3). Il ne fait rien. Il n'a pas d'occupation active, il ne travaille pas; il ne prend aucune intitiative. Je n'ai rien fait. Je n'ai commis aucun délit. Ça ne te ferait rien de... Ça ne te dérangerait pas de... Ça ne fait rien. C'est sans importance, sans conséquence, cela n'entre pas en ligne de compte:
3. — Il faut encore que je passe au cercle. Je vous déposerai, et puis viendrai vous rejoindre au deuxième acte. — Mais ça ne fait rien, mon ami, ça ne fait rien, dit Mme de La Monnerie d'un ton assez aigre. Votre frère me tiendra compagnie.
DRUON, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 18.
Rien n'y fait. Il est dur d'être un lépreux et de porter avec soi la plaie infâme et de savoir que l'on ne guérira pas et que rien n'y fait (CLAUDEL, Annonce, 1948, prol., p. 142).
e) Ne rien pouvoir à, n'y rien pouvoir; n'en pouvoir rien (région., Belgique). Être sans influence sur. Peu à peu, elle se sentait gagnée par une peur contre laquelle sa volonté ne pouvait rien (GREEN, Adrienne Mesurat, Paris, Plon, 1927, p. 247).
f) JEUX. Rien ne va plus. ,,L'avertissement donné par le croupier que plus aucun jeu n'est admis`` (SANDRY-CARR. Joueurs 1963).
g) Ne... servir à rien, de rien.
C. — [Avec effacement de ne]
1. [Dans des cont. ell. du verbe]
[En réponse à une question] Qu'est-ce que la vie sans mes pensionnaires? Rien du tout (BALZAC, Goriot, 1835, p. 241).
[En compar. ell.] On peut penser que cette expression répond à une réalité, qu'elle n'est pas, comme rien dans les livres saints, un simple trope littéraire (CLAUDEL, Poète regarde Croix, 1938, p. 195).
[Dans des tournures appositives ou coord.] J'étais à l'aise en tout, il est vrai, mais en même temps satisfait de rien (CAMUS, Chute, 1956, p. 1488).
[Dans un style ell.]:
4. Aussi le mot que M. Sixte disait souvent de lui-même: « Je prends la vie par son côté poétique... » paraissait-il à ceux qui l'entendaient le plus absurde des paradoxes. Et cependant rien de plus exact, eu égard à la nature d'esprit spéciale des philosophes.
BOURGET, Disciple, 1889, p. 24.
De rien. ,,Ce n'en vaut pas la peine. Je vous remercie du coup de main que vous m'avez donné. De rien`` (LITTRÉ).
Rem. LITTRÉ le considère comme pop. Auj. lang. cour.
Fam. (C'est) trois fois rien. C'est négligeable, sans importance. Une fois rien... c'est rien! Deux fois rien... ce n'est pas beaucoup! Mais trois fois rien!... Pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose... et pour pas cher! Maintenant, si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien: Rien multiplié par rien = rien (R. DEVOS, Sens dessus dessous, Paris, Stock, 1976, p. 74).
2. Pop. ou fam. J'ai rien contre lui, ce pauvre gars-là (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 55).
Arg., vulg. ,,J'en ai rien à foutre de tes bobards. Je n'ai que faire de tes conseils`` (SANDRY-CARR. 1963).
D. — [Avec que pour marquer l'exception]
1. Ne... rien que, rien que... ne. Uniquement, seulement. Synon. ne... que. Il ne boit rien que de l'eau. Il boit uniquement de l'eau. Mais elle n'entendit rien, rien que le frisson du silence (ZOLA, Rêve, 1888, p. 130).
Rien... ne... que. Rien ne vaut que par la forme du dire (BARRÈS, Barbares, 1888, p. 81).
2. Rien que + syntagme prép. [Ce qui est désigné par le syntagme prép. suffit pour produire l'effet indiqué par le verbe princ.] Je frémis rien qu'en y pensant. Il me suffit d'y penser pour frémir. Rien qu'à voir vivre tes lapins, je suis sûr que nous aurons la guerre (DUHAMEL, Maîtres, 1937, p. 12). Moi, je viendrais rien que pour vous (QUENEAU, Pierrot, 1942, p. 24). Les raisons en sont enracinées dans leur être et je le devine rien qu'à la délicatesse de leur profil, à la précaution des gestes (SCHAEFFER, Rech. mus. concr., 1952, p. 100).
3. Ne... rien que de + adj. Rien d'autre que de, rien si ce n'est de. Il lui faisait des visites: cela n'a rien que de naturel (DRIEU LA ROCH., Rêve bourg., 1937, p. 146). Il n'y avait dans ce spectacle rien que de très ordinaire (ARAGON, Rom. inach., 1956, p. 23).
[Avec ell. du verbe (et conséquemment de ne)] Rien que de banal au fond dans tout ce qui m'entoure (GRACQ, Beau tén., 1945, p. 35).
III. — [Empl. pleinement nég.]
A. — [Comme compl. prép.]
1. [Compl. du verbe (et marquant l'origine, le moyen, le but, la cause...)]
À rien. À zéro, à ce qui n'est rien. (Se) réduire à rien; tomber à rien, retourner à rien, devenir à rien (vx). Robert avait épousé Anne-Marie la sachant riche héritière et l'a abandonnée voyant la succession tourner à rien (POURRAT, Gaspard, 1930, p. 10).
De rien. De zéro ou de très peu de chose. Partir de rien; se contenter, se nourrir, vivre de rien; faire qqc. de rien; se fâcher à propos de rien. Un grand poème né de rien, un grand poème fait de rien (SAINT-JOHN PERSE, Exil, 1942, p. 207).
Faire qqc. avec rien. Des établissements créés avec rien (VOGÜÉ, Morts, 1899, p. 268).
Pour rien
♦ Sans résultat, en vain. Mourir pour rien; se battre pour rien. Laisse donc ces lettres-là, dit-elle, tu te fatigues pour rien (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 273). Jouer un temps pour rien (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 237).
♦ En échange de rien, gratuitement. Il travaille pour rien. Cette permission d'occuper sa chose, le propriétaire peut l'octroyer pour rien (PROUDHON, Propriété, 1840, P. 244).
♦ Sans raison. Synon. pour un rien. Il se fâche pour rien. Comme vous êtes injuste, et comme vous me querellez pour rien! (LECLERCQ, Prov. dram., Mme Sorbet, 1835, 4, p. 131).
Rem. La différence est grande avec ne ... + prép. + rien: Il ne se fâche pour rien signifie « il ne se fâche pas, quelle que puisse être la raison qu'il aurait de se fâcher »; il se fâche pour rien signifie « il se fâche à tout propos, au moindre motif ». Ailleurs la nuance peut être subtile: Ne jouer à rien, c'est ne pas jouer; jouer à rien, c'est jouer à vide, un jeu illusoire, sans véritable existence: Poil de Carotte, va fermer les poules! Elle donne ce petit nom d'amour à son dernier-né, qui joue à rien, sous la table (RENARD, Poil carotte, 1894, p. 10). Ne compter pour rien, c'est ne pas prendre en compte ou ne pas être pris en compte; compter pour rien marque une prise en compte, mais dont le résultat est nul: L'individu ne comptera pour rien s'il ne peut invoquer que la loi (CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. IV). Mille chats qui miaulent dans la nuit (...) n'existent pas et comptent pour rien par rapport à un piano dont toutes les cordes se rompent d'un coup (CENDRARS, Bourlinger, 1948, p. 266).
2. [Compl. du n.]
De rien. De peu d'importance, sans valeur, sans intérêt. Homme de rien, femme de rien, fille de rien, gens de rien (du tout). Un petit chapeau de rien du tout (QUILLET 1965). Ah! Tu me fais pitié, Ambitieux de rien! (HUGO, Hernani, 1830, IV, 1, p. 99).
B. — [Dans des tournures compar.]
1. Comme rien. Cela m'importe comme rien.
Pop., fam., p. antiphr. Facilement. Cela atteint des millions comme rien (ROB.).
2. Que rien. C'est mieux que rien; pas plus que rien; si peu que rien; moins que rien. C'est un jeu de vagues paroles, plus un parfum, pas encore une musique, moins que rien (VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1891, p. 51). Peu de chose avait suffi à ce rare thaumaturge, si peu que rien, cinq ou six lignes sur une note officielle, mais sublimes à la vérité (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 329).
Fam. [Subst. de l'animé] Un, une moins que rien. V. moins I A 1 ex. de Maran.
3. En moins de rien, loc. adv. de temps. En très peu de temps:
5. Et moi, grisé par la bataille, certain du triomphe, j'agrippais au passage les gamins qui se débattaient (...). En moins de rien il ne resta debout que le nouveau venu monté sur Delage...
ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 147.
Au-dessous de rien. L'on considérait les apothicaires comme des gens au-dessous de rien (C. DROZ, Une Femme gênante, III, p. 64 cité par Pichon et Hoesli ds Z. fr. Spr. Lit. 1930, p. 109).
C. — Plus rarement. [En fonction de suj., d'obj. ou d'attribut] Il suffit de rien pour..., il s'en est fallu de rien que..., des envies de rien faire. Je joue rien contre tout (GOZLAN, Notaire, 1836, p. 172). Dorloté, nourri à rien faire (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, 25 francs, 1888, p. 253).
D. — [Dans des cont. antithétiques] De tout et de rien. Tandis qu'elle s'encapuchonnait dans l'escalier, dans le taxi, parlant de tout et de rien (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 213). Tout ou rien. Dieu faisait aujourd'hui à ses créatures la faveur de les mettre dans un malheur tel qu'il leur fallait retrouver et assumer la plus grande vertu qui est celle du tout ou rien (CAMUS, Peste, 1947, p. 1401).
E. — Pop., p. antiphr. [Suivi d'adj., avec valeur intensive] Très. C'était rien drôle! (ZOLA, Terre, 1887, p. 286). C'est rien bath ici qu'elle dit Lulu Doumer avec ses quatorze ans (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 11).
IV. — Empl. subst.
A. — [Avec l'art. indéf. (ou un déterm. déf. qui reprend l'indéf.: pour un rien... mais ce rien... ou qui se trouve en alliance avec une rel.: ce rien qui...)]
1. Chose sans importance, bagatelle. Souvent aussi ce n'est qu'un rien, quelques deniers à peine (FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p. 51). N'est-ce rien que ce rien qui nous délivre de tout? (CLAUDEL, Soulier, 1944, 1re part., 1re journée, 3, p. 952).
Dire des riens. Ils riaient, disaient des riens (A. FRANCE, Lys rouge, 1894, p. 244).
♦ Très peu de chose. Il s'en fallut d'un rien qu'il ne tombât entre les mains de messer Frédéric (MONTHERL., Malatesta, 1946, I, 4, p. 442).
En moins d'un rien (vieilli). En un temps très court. En moins d'un rien, elle est sur vos montagnes (E. DE GUÉRIN, Lettres, 1831, p. 1).
Un rien de plus. Un peu plus. Mes plus anciens souvenirs ont cent ans ou un rien de plus (BACHELARD, Poét. espace, 1957, p. 172).
2. Un rien de + subst. Ajouter un rien de muscade; un rien de suffisance. À midi, nous mangeons un fruit, un rien de pain sur le pouce (BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 326). Avec un rien de méthode (MAUPASS., Bel-Ami, 1885, p. 206).
En un rien de temps. On va rafler ça en un rien de temps! (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 259).
3. Un rien de + adj. Un peu de; quelque chose de. C'est une vision qui a un rien de fantastique (GONCOURT, Journal, 1879, p. 38).
4. Fam. Un rien + adj. (ou syntagme à valeur adj.). Un peu. Bien habillée, quoique sans élégance. Un rien « dame de compagnie » (MONTHERL., Celles qu'on prend, 1950, I, p. 767). Dis donc, tu ne deviendrais pas un rien fasciste? dit Henri à Scriassine (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 465).
5. Pop. [Pour désigner une pers.] Un, une rien du tout. C'est un rien du tout, cette petite femme-là (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 378).
B. — [Avec l'art. déf.] Le rien. Le néant. La conscience enchaînée à la vanité est dupe du rien, charmée par le néant (RICŒUR, Philos. volonté, 1949, p. 351).
REM. 1. Rienner, verbe intrans., hapax. Ne rien faire. Mon père toujours dans sa chambre à rienner, je fais le mot pour lui (BARB. D'AUREV., Mémor. pour l'A... B..., 1864, p. 409). 2. Riéniste, subst. masc. ,,Pseudo-littérateur, qui écrit sans avoir rien à dire, ou qui, d'un banal fait divers, confectionne un long roman`` (FRANCE 1907). 3. Rienologie, subst. fém., rare, péj. Technique du riéniste. Un illustre auteur prépare un Traité de Rienologie où les particularités du Rentier seront très-amplement décrites (BALZAC, Œuvres div., t. 3, 1840, p. 210). 4. Rienologiste, adj., rare, péj. Relatif à la rienologie. Sa prochaine « Étude » psychologique, intuitiviste, naturaliste, symboliste, vériste, ou rienologiste! (BOURGET, Physiol. amour mod., 1890, p. 10). 5. Rienologue, subst. masc., rare, péj., synon. de riéniste. Le Rienologue est le dieu de la bourgeoisie actuelle; il est à sa hauteur (BALZAC, Œuvres div., t. 3, 1843, p. 572).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Empl. avec un élém. nég. A. « aucune chose » 1. a) fin Xe s. non ... ren (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 290: El mor a tort [Jesus], ren non forsfist); b) 1130-40 ne ... rien (WACE, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 68: Fors ciel e mer rien ne veeient); c) ca 1160 ne ... pas rien (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 3863: Ne m'en puez pas rien retolir); 2. en fonction d'attribut a) ca 1050 ne ... rien (St Alexis, éd. Chr. Storey, 245: Ne l'en est rien [le deuil de ses parents], si'st a Deu aturnét); ca 1260 (Récits Menestrel de Reims, 37 ds T.-L.: assembla tant de gens [...] mais ne fu rien au regard de l'ost que Solehadins avoit assemblei); 1372 (d'une personne) n'estre rien [a aucun] « être étranger [à quelqu'un] » (Chevalier de La Tour Landry, éd. A. de Montaiglon, p. 38); b) 1640 cela n'est pas rien: ne rien est inversé par pas « c'est quelque chose » (A. OUDIN, Gramm. fr. [1632] d'apr. MARTIN Rien, p. 177); 3. ca 1165 en fonction de compl. de prix, d'estime, apr. les verbes d'appréciation (cf. ibid., pp. 248-249) (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, 3846 ds T.-L.: Tot iço [...] rien ne pris); cf. la subst. rien-ne-vault « vaurien » ca 1530 (Le Vin des notaires ds Anc. poésies fr., éd. A. de Montaiglon, t. 10, p. 12); 4. 1176-81 en fonction de suj. rien ... ne (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier à la charrette, éd. M. Roques, 2564); 5. a) ) 1269-78 rien est directement déterminé par un adj. (JEAN DE MEUN, Rose, éd. F. Lecoy, 16828: Si con li vairres transparanz [...] Qui par dedanz ne par darriere N'a riens espés qui les refiere [les rayons]); ) fin XIVe s. de est introd. entre rien et l'adj. déterm. (FROISSART, Chron., éd. S. Luce, I, § 358, t. 4, p. 165: riens ne demoroit de bon devant ces pillars); pour la concurrence entre ces deux tours au XVIIe s., v. MARTIN Rien, pp. 253-257; b) rien est déterminé par un subst. précédé de de ) 1456-67 il n'y a rien d'oultrage « il n'y a rien à dire » (Cent nouvelles nouvelles, éd. Fr. P. Sweetser, LXV, 112); ) fin XVe s. le subst. désigne une pers. (COMMYNES, Mém., éd. J. Calmette, t. 2, p. 331: Il n'avoit riens de son père); 6. Ne ... rien moins (que) a) 1456-67 ne ... rien inverse le sens de moins: « tout autant » (Cent nouvelles nouvelles, LXXXV, 13: [il] ne l'amoit rien mains qu'elle luy); 1542 empl. ell. (RABELAIS, Pantagruel, éd. V. L. Saulnier, XIV, 152, leçon éd. M: et n'en aurez rien moins); 1608 ne ... rien moins que « bel et bien » (SCHELANDRE, Tyr et Sidon, éd. J. Haraszti, 2211); b) « ne ... nullement » 1534 (RABELAIS, v. moins I C 3 a); 7. 1548 ne ... rien que « ne ... que » loc. restr. marquant l'exception (MARGUERITE DE NAVARRE, Théâtre profane, éd. V. L. Saulnier, Mont de Marsan, 644: Rien que d'amour ne faict son compte); 1623 rien que de + adj. (SOREL, Francion, I, éd. E. Roy, t. 1, p. 17, 18: Je vous promets de ne vous conter rien que de véritable). B. Désigne une pers. ca 1160 une pers. indéf. (Eneas, 2358: Ja rien qui cele puor sente Ne vivra puis une sole ore); déb. XIVe s. terme non marqué englobant personnes et choses (Fouke Fitz Warin, éd. L. Brandin, p. 75, 3: rien ne troverent si le chevaler noun), empl. encore en usage, dans la lang. littér., MARTIN Rien, p. 25. C. Empl. adv. 1. ca 1150 ne... rien « en aucune façon » (WACE, St Nicolas, 1496 ds T.-L.); 1563 rien ne me sert (L. DES MASURES, David fugitif, 2247 ds MARTIN Rien, p. 247); 2. loc. adv. ca 1160 ne ... de rien « en aucune manière, nullement » (Eneas, 1821: Quant il de rien ne me conforte); 1377 ne ... en rien « id. » (GACE DE LA BUIGNE, Deduis, 1554 ds T.-L.). II. Subst. fém. 1. « chose » dans une phrase affirm.; avec un déterm. 1re moit. XIIe s. tutes riens (Psautier de Cambridge, 145, 5, ibid.); ca 1150 alcone ren (WACE, St Nicolas, 1413 ibid.); ca 1170 une rien (MARIE DE FRANCE, Lais, éd. J. Rychner, Guigemar, 682); ca 1175 la rien (BENOÎT DE STE-MAURE, Chron. ducs de Normandie, 1768 ds T.-L.); 2. désigne un animé ca 1165 a tote rien « à tout le monde » (ID., Troie, 713, ibid.); ca 1170 avec un adj. qualificatif nule rien vivant (MARIE DE FRANCE, op. cit., 279); 1174-87 la rien que je plus amoie (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, éd. F. Lecoy, 3432). III. En phrase d'atmosphère nég., rien, empl. sans nég., garde sa valeur positive de « quelque chose » A. 1. a) ca 1150 dans une sub. introd. par ainz que [action non encore réalisée] (CHARROI DE NÎMES, éd. D. McMillan, 1282); b) ca 1165 id. par sanz ce que (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, 1934 ds T.-L., s.v. sans); 2. a) 1155 apr. une princ. nég. (WACE, Brut, éd. I. Arnold, 66: Ne trova puis ki li nëust Ne de rien li contr'estëust); b) ca 1160 apr. une loc. à valeur nég. (Eneas, 2184: Ja mar t'esmaieras de rien); 3. id. en prop. hyp. introd. par si (ibid., 4583); 1160-74 introd. par qui rel. indéterminé (WACE, Rou, éd. A. J. Holden, III, 5369: E qui rien de l'autrui prendreit, Escumengié estre deveit); 4. en prop. interr. a) ca 1170 interr. dir. (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, éd. M. Roques, 1114: Senechax, savez an vos rien?); b) ca 1241 interr. indir. (HUON LE ROI, Vair palefroi, éd. A. Långfors, 720; 721); 5. 1225-30 en prop. compar. d'inégalité (GUILLAUME DE LORRIS, Rose, éd. F. Lecoy, 3154: Je veil mieux sosfrir ma mesaise Que fere rien qui vos desplaise); 6. apr. certains verbes de sens nég., notamment ceux exprimant la défense: 1372 (Chevalier de La Tour Landry, 189: se doit garder [...] de riens respondre à son seigneur). B. ca 1160 déterminé par un subst. précédé de de qui paraît avoir une valeur partitive [ici, dans une hyp.] (Eneas, 335: S'avons ja mes de repos rien); déb. XVe s. (Myst. St Bernard de Menthon, éd. Lecoy de La Marche, 820: Y a il riens de muscatel?), v. MARTIN Rien, p. 258. C. 1340 déterminé par un adj. qualificatif précédé de de [ici, dans une interr.] (Miracles de N.-D., éd. G. Paris et U. Robert, III, 931, t. 1, p. 137: Dites nous [...] Se [...] savez Riens de nouvel); ce tour fait, en réalité, suite à rien directement déterminé par un adj.: 1533 [dans une hyp.] (Cl. MAROT, Epîtres, éd. C. A. Mayer, XVIII, 55, p. 154: vous supply Si rencontrez rien dur en cest Epistre, De l'oublier). D. Suivi de que marquant l'exception « autre chose que » [ici, en prop. interr.] 1583 (GARNIER, Les Juives, éd. M. Hervier, 469: Nous est-il rien resté qu'un esprit gémissant?); 1656 rien ... que de + adj. en prop. hyp. (MOLIÈRE, Dépit amoureux, III, 10: si j'ai dit rien que de très constant). IV. Sans particule nég. « nulle chose » A. 1. empl. prép. a) ca 1160 pour rien (Eneas, 2531); b) 1464-1503 venir a riens (JEAN MOLINET, Faicts et dictz, éd. N. Dupire, p. 257, 56); c) 1559 (chose) de rien (AMYOT, trad. PLUTARQUE, Hommes illustres, Alexandre, LII, éd. G. Walter, t. 2, p. 357); 1648 homme de rien (SCARRON, Virgile travesti, I, éd. V. Fournel, Paris, 1858, p. 28a); 2. empl. p. ell. de la particule nég. ne, spéc. a) 1442 cas d'antithèse pau ou riens (A. DE LA SALE, Œuvres, éd. F. Desonay, t. 2, La Sale, p. 91); b) 1464 réponse à une question riens quelconques « rien du tout, en aucun cas » (Pierre Pathelin, éd. R. T. Holbrook, 1157); 1513 rien rien « non » (GRINGORE, St Loys, l. VI [II, 201] ds HUG.); c) 1464-1503 en style proverbial A cœur vaillant riens impossible (JEAN MOLINET, op. cit., p. 193, 16; cf. p. 76, 312: il n'est riens impossible); 3. en syst. compar. 1541 comme riens (A. DE LA SALE, Œuvres, t. 1, La Salade, p. 8, 55); 1456-67 mieux que rien (Cent nouvelles nouvelles, LXIII, 100); 1583 en moins de rien (GARNIER, op. cit., 1791). B. Nég. par lui-même dans les tours suiv. 1. av. 1361 riens faire (JEAN LE BEL, Chron., éd. J. Viard et E. Desprez, t. 1, p. 142; noter que cet empl. est évité par Froissart qui recopie presque mot à mot ce passage, cf. éd. Kervyn de Lettenhove, t. 2, p. 456 et éd. S. Luce, t. 1, p. 144); 2. 1544 [celuy] qui est riens (MARGUERITE DE NAVARRE, op. cit., Trop. Prou..., 295). C. Empl. adv. 1873 p. antiphr. « beaucoup, très » (ZOLA, Ventre Paris, p. 724: c'est rien muche!) V. Subst. masc. A. désigne une quantité minime 1. a) mil. XVe s. (CHARLES D'ORLÉANS, Œuvres, éd. P. Champion, Rondeaux, CCXIV, t. 2, p. 471: En me contentant d'un beau rien); b) 1544 en un rien sens temp. (M. SCÈVE, Délie, éd. M. Parturier, CCXX, 10); 1616 pour un rien sens final (D'AUBIGNÉ, Tragiques, éd. A. Garnier et J. Plattard, VII, 461); c) 1544 un rien empl. adv. « un peu » modifie un verbe (M. SCÈVE, op. cit., CLIX, 3); d) 1834 un rien de pain (BALZAC, E. Grandet, p. 71); 2. av. 1549 son rien « son néant » (MARGUERITE DE NAVARRE, Nativité [II, 63] ds HUG.); B. désigne une pers. sans importance, sans valeur ca 1537 un rien (Cl. MAROT, Epitaphe XXXIX, de Mme de Chasteaubriant ds Œuvres, éd. C. A. Mayer, t. 4, p. 234); 1655 un rien qui vaille (TH. CORNEILLE, Geôlier de soi-même, V, 10 ds Poèmes dram., Paris, t. 2, 1748, p. 80). Du lat. rem, acc. du subst. res « chose ». D'abord, et malgré la chronol. des ex., subst. fém. à signif. positive [II], rien s'allie très tôt à l'élém. nég. ne, perdant en ce cas son art., comme il est fréq. en phrase nég.; ce fait, ajouté à sa signif. très gén. de « chose », favorise son passage à l'indéterm. d'un mot gramm. et son évolution progressive de l'indéterm. à la nég. [III; I]. Peu à peu, à travers divers empl.: ell. de ne, prép., en syst. compar., rien s'oriente vers un empl. nég. par lui-même [IV], s'acheminant vers la ,,nullitude absolue`` qui rend possible la subst. par l'art. masc. [V], MARTIN Rien, pp. 171-289. Fréq. abs. littér.:95 017. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 113 291, b) 128 334; XXe s.: a) 145 417, b) 151 211. Bbg. CRISTEA (T.). La Struct. de la phrase négative en fr. contemp. Bucarest, 1971, 264 p. — DARM. Vie 1932, p. 124, 160. — GAATONE (D.). Ét. descriptive du syst. de la négation en fr. contemp. Genève, 1971, pp. 164-172. — GORCY (G.). Rien: cadres généraux de la rubrique d'analyse synchr. à paraître dans le TLF. In: Coll. Internat. sur le Lex. Intellectuel Européen. 3. 1980. Rome, pp. 358-373. — HERIAU (M.). Le Verbe impers. en fr. mod. Thèse, Lille; Paris, 1980, t. 1, pp. 637-639, 651, 680-681; t. 2, p. 929-930, 1031, 1042. — HUCHON (M.). Rabelais grammairien... Genève, 1981, p. 148. — MARTIN (R.). Le Mot rien et ses concurrents en français ... Paris, 1966, passim; R. Ling. rom. 1973, t. 37, pp. 504-508. — MOIGNET 1973, pp. 179-180. — NØJGAARD (M.). Les Auxil. négatifs ... R. rom. 1980, t. 15, n ° 2, p. 296. — QUEM. DDL t. 13 (s.v. bon à rien). — ROGGERO (J.). Le Quantificateur minimal. Sigma. 1980, n ° 5, pp. 115-137. — VIKNER (C.) Les Auxil. négatifs ... R. rom. 1978, t. 13, n ° 1, pp. 88-109.

rien [ʀjɛ̃] pron. indéf., n. m. et adv.
ÉTYM. 980, ren non « nulle chose »; n. f., « chose », 1050, encore au XVIe; rien « nulle chose », 1538; du lat. rem, accusatif de res « chose ». → Réel.
À la différence de personne et par anal. avec pas, rien (objet direct) se place normalement devant le participe passé des verbes aux temps composés et devant l'infinitif. || Je n'ai rien vu. || Ne rien voir.Littér. || Faisant mine (cit. 14) de ne remarquer rien. || Mon œuvre prétend ne concurrencer rien (→ Ou, cit. 12).
———
I Nominal indéfini. Phonét. : liaison (ex. : rien à dire [ʀjɛ̃nadiʀ]; ne rien aimer [nəʀjɛ̃neme]).
A
1 Quelque chose (dans un contexte qui n'est pas affirmatif). Chose (quelque chose), quoi (que ce soit).En phrase négative, par la forme, ou (littér. ou style soutenu) par le sens avec les verbes empêcher, éviter, défendre, interdire, négliger, prendre garde, refuser, renoncer, etc., et les adjectifs impossible, incapable, malaisé, etc. || Il défendit expressément (cit. 2) qu'on touchât à rien, ni qu'on réparât rien. || Il est malaisé de rien ajouter à ce qu'ils ont dit (→ Mer, cit. 10). || Il demeurait muet (cit. 5), incapable de rien dire. || Impossible de s'accrocher à rien (→ Avalanche, cit. 6).
1 (…) les grands négligent de rien connaître (…) aux affaires publiques (…)
La Bruyère, les Caractères, IX, 24.
2 (…) leur unique affaire est d'empêcher rien de s'arranger ni de s'arrêter avant qu'ils ne soient assis eux-mêmes.
A. de Gobineau, les Pléiades, p. 23.
3 Une fatigue telle que je renonce à rien exiger de moi (…)
Gide, Journal, 14 sept. 1928.
(Employé avec ne pas, lorsque pas et rien sont dans des propositions distinctes). || Il ne me semble pas que vous prouviez rien contre moi (→ Être, cit. 31).
REM. Au début du XVIIe s. on rencontre dans la langue familière ne… pas rien dans la même proposition, expression condamnée par Vaugelas : || « On ne veut pas rien faire ici qui vous déplaise » (Racine, les Plaideurs, II, 6). « (…) Ne servent pas de rien » (→ 2. Pas, cit. 15). Dans cet exemple, Molière atteste la réaction puriste du XVIIe s. (« De pas mis avec rien tu fais la récidive ») contre un usage devenu archaïque ou rien signifie encore « chose » (cf. Ça fait pas rien, usuel en français régional rural du Centre). Aujourd'hui cette combinaison est populaire et jugée fautive : || « Vous n'auriez pas rien pour la gorge ? » (Barbusse, le Feu, I, IV).
4 Je ne crois pas savoir rien de bon en effet, ni pouvoir rien enseigner aux hommes pour les améliorer et les convertir.
Nerval, Trad. Goethe, Faust, I, p. 35.
5 (…) l'emploi de ne… pas dans la principale est tout à fait régulier si les auxiliaires (de la négation) se trouvent dans la subordonnée : « Ne pas être obligé d'en rien rendre à César », Rostand, Cyr., II, 8 (…)
G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §1795.
(Employé avec avant de, avant que). || Il étudie le tempérament du malade avant de lui rien prescrire. || Il n'était pas un peuple qui avant de rien entreprendre ne consultât l'oracle (cit. 4).
6 Avant que le jeune homme ait rien pu dire (…)
Alain-Fournier, le Grand Meaulnes, I, XIII.
(Employé avec sans, comme objet d'un verbe transitif). || Sans rien dire (→ Assentiment, cit. 6; distance, cit. 1). || « Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris » (cit. 8, Molière). || Sans qu'elle en sût rien (→ Malfaisant, cit. 4).Sans avoir l'air de rien. || Sans plus prendre intérêt à rien ni à moi-même (→ Être, cit. 11).
7 Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde immense et radieux.
Hugo, les Feuilles d'automne, XXXV, VI.
Littér. (Dans une interrogation directe ou indirecte). || Est-il rien qui vous plaise ? || Dites-moi s'il est rien de plus beau. || A-t-on jamais vu rien de pareil ? || Se peut-il imaginer rien de plus morne ? (→ Il, cit. 30). || Y a-t-il rien de plus tyrannique ? (→ Presse, cit. 6).(Après si). || C'est miracle si j'y entends rien.
8 Diable emporte si j'entends rien en médecine !
Molière, le Médecin malgré lui, III, 1.
9 Est-ce que je comprends rien à tes livres latins ?
A. de Musset, Lorenzaccio, II, 4.
10 Ah, le précoce hiver a-t-il rien qui m'étonne ?
Jean Moréas, les Stances, II, VII.
11 (…) dans l'incertitude du lendemain, ne sachant combien de temps va durer encore leur exil, comment entreprendre rien et chercher même à se distraire (…)
Gide, Journal, 4 juil. 1940.
Littér. (En tête de phrase interrogative) :
12 (…) notre insatisfaction n'est pas raisonnable. Rien pouvait-il être autrement ?
J. Guéhenno, in le Figaro, 22 déc. 1948.
REM. Au XVIIe s., rien s'employait parfois au lieu de personne. « Et c'est n'estimer rien qu'estimer (cit. 13) tout le monde » (Molière).
13 A-t-on jamais rien vu de plus impertinent ?
Molière, Dom Juan, IV, 5.
2 (V. 980). Cour. (Comme auxiliaire négatif de ne, en remplacement de l'anc. franç. néant). Aucune chose, nulle chose.(En complément). || Je ne sais rien, je n'ai rien vu (→ Insignifiant, cit. 9). — ☑ Prov. Qui ne risque rien n'a rien. || Vous n'aurez rien. Cf. Pas un… (sou, pouce, etc.), pas le moindre…, et, fam., la ceinture, des clous, des nèfles, la peau, que dalle. ☑ Cela ne vaut rien, ça vaut rien (fam.; → ci-dessous B. 1.) : c'est inexistant, nul, cela ne vaut pas une obole (vx), pas un clou (fam.). || Je n'y comprends rien (cf. fam. Que couic, que dalle, que pouic…). || Ne rien faire. || Cela ne fait rien. || Cela ne me fait plus rien. Faire.Ça ne me dit rien. Dire. || Les esprits blasés (cit. 9) qui ne savent plus rien voir.N'en rien faire, n'en faites rien (→ Crime, cit. 19; désunir, cit. 7.2). || Il ne se refuse rien (→ Dialogue, cit. 3). || Des gens qui ne dépensent rien (→ Affaire, cit. 72).On n'y peut rien. Pouvoir.Cela ne gâte (cit. 20) rien.Ça (cit. 2) n'a rien à voir. || Vous n'avez rien à craindre (cit. 3). || Ne croire à rien. Nihiliste (cit. 1). || Réduire à rien. Annuler, néantiser.Ça ne sert à rien, (vx) de rien. Servir.Ne rimer à rien. || Cela n'engage à rien (→ Discipline, cit. 8).N'être bon (cit. 98) à rien. || N'avoir droit à rien (→ Appartenir, cit. 8). || Il ne faut jurer de rien (→ Défier, cit. 7).Rien ne sert de courir.
14 (…) les gens qui ne veulent rien faire de rien n'avancent rien et ne sont bons à rien.
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, II, 2.
15 Ne rien faire est le bonheur des enfants et le malheur des vieillards.
Hugo, Post-scriptum de ma vie, L'esprit, Tas de pierres, II.
16 L'avenir, fantôme aux mains vides
Qui promet tout et qui n'a rien !
Hugo, les Voix intérieures, II, VII.
17 Et ceux qui ne font rien ne se trompent jamais.
Th. de Banville, Odes funambulesques, « Occidentales », II, in Guerlac.
Il n'en est rien : rien n'existe, n'est vrai de cela (→ Fable, cit. 14; inconsolable, cit. 3).Comme si de rien n'était. Être (infra cit. 76).N'avoir l'air de rien, ne ressembler à rien.
(XXe). N'avoir rien de… : n'avoir aucun des caractères de… || Elle n'a rien d'une ingénue. || Il n'a rien d'un enfant éveillé (cit. 35).Contr. : avoir tout de…REM. Pour n'avoir rien de… avec l'adjectif (→ ci-dessous, supra cit. 29).
Ne… rien du tout : ne… absolument rien. || Je n'ai rien vu du tout. || N'y rien voir du tout (→ aussi Nommer, cit. 13). || Cela ne me fait plus rien du tout (→ Heureusement, cit. 7).Ellipt. || J'ai regardé s'il y avait du courrier; rien du tout !
18 (…) il ne faudrait rien faire du tout, car rien n'est certain (…)
Pascal, Pensées, III, 234.
Rien de rien, rien à rien. || La majorité stupide qui ne comprend (infra cit. 5) rien à rien. || Elle, si innocente (cit. 2), qui ne sait rien de rien (→ Ignorant).Ellipt. || Il reste du beurre ? Rien de rien !
19 Aujourd'hui que l'on plaide, il se trouve que personne ne savait rien de rien (…)
Beaumarchais, Mémoires… dans l'affaire Goëzman, p. 11.
20 (…) il m'en a fait voir de cruelles ! Rien ne lui plaisait, rien de rien.
Maupassant, l'Inutile Beauté, « Le masque ».
20.1 Non, rien de rien
Non, je ne regrette rien.
Non, je ne regrette rien (chanson de Ch. Dumont et M. Vaucaire, créée par Édith Piaf).
(1690). Ne… pour rien. || N'y être pour rien (→ Froisser, cit. 21; noir, cit. 23).Contr. || Y être pour quelque chose.
Ne… pour rien au monde (avec le mode conditionnel) : pour aucune raison, à aucun prix. || Pour rien au monde elle ne se serait couchée… (→ Rameau, cit. 2), elle ne l'eût demandé (→ Hasard, cit. 33).
21 Mais, le matin, rassuré par la lumière, il n'eût pour rien au monde consenti à laisser son domaine.
F. Mauriac, le Fleuve de feu, III, p. 144.
Rien (employé comme sujet). || Rien n'est éternel (cit. 33). || Rien n'est trop beau pour lui. || Rien n'étonne (cit. 11) quand tout étonne. || Rien ne va plus (au jeu : il est trop tard pour miser). → Jeu, cit. 51. || Rien n'y fera (cit. 97). || Une ignorance que rien n'excuse (→ 2. Pompe, cit. 4).(Avec une comparaison). || Rien n'est beau (cit. 2) que le vrai. || Rien n'a l'air plus faux (cit. 46) que le vrai. || Rien n'est si beau que d'aimer (→ Âge, cit. 22). || Rien n'est plus admirable que l'homme (cit. 30). || « Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur » (cit. 14).Plus rien ne bougeait (→ Recouvrir, cit. 1).
22 Rien ne vint qu'un banal : — Adieu.
Gide, les Faux-monnayeurs, I, IX, p. 104.
23 Rien au monde ne la ferait s'éloigner des environs de Paris.
F. Mauriac, le Fleuve de feu, III, p. 161.
Littér. ou régional. || Rien plus. || Rien plus (cit. 32) n'en défendait l'entrée.
(Antécédent d'un pronom relatif et suivi du subjonctif).Ce bloc enfariné ne me dit (cit. 94) rien qui vaille (→ aussi Incapable, cit. 2; licencieux, cit. 2). || L'un ne possédait rien qui n'appartînt (cit. 2) à l'autre. || Il n'est rien dans l'individu (cit. 15) qui ne soit social. || Je ne dis rien que je n'appuie (cit. 5) de quelque exemple.
24 Je ne voyais en toi rien qui ne fût aimable,
Je ne sentais en moi rien qui ne fût amour.
Racine, Poésies diverses, « Stances à Parthénice ».
25 Rien en lui qui ne croie au bonheur, qui n'y tende de toutes ses petites forces passionnées ! (…)
R. Rolland, Jean-Christophe, L'aube, I, p. 26.
(Avec une qualification). Vx ou littér. (employé sans de). || Il n'est rien plus gai (→ Masquer, cit. 2), plus aisé (→ Recevoir, cit. 9), si commun que (→ Habiller, cit. 9). || Il n'est rien tel en ce monde que de se contenter (cit. 8). || « À qui venge son père il n'est rien impossible » (Corneille). || Rien autre (→ 1. Politique, cit. 4; prochain, cit. 7).(Dans le même sens). || Rien autre chose. || Elles n'aimaient rien autre chose (→ Maladie, cit. 15).
26 Il n'est rien tel que ces virages ouverts.
Paul Morand, l'Europe galante, III.
27 Il ne pensait à rien autre.
R. Rolland, Jean-Christophe, Le matin, II, p. 154.
28 — Rien autre ? demanda-t-il à haute voix.
Malraux, la Condition humaine, II, 22 mars, 11 h du matin.
(XVIe, employé avec de et l'attribut). Mod. || Rien de… || Il n'est rien de plus beau. Avoir, être. || Il n'y a rien de trop beau pour vous (→ Profiter, cit. 7). || Il n'y a rien de mieux, de meilleur. || N'avoir rien de mieux à faire (→ Horreur, cit. 24). || Il n'y a rien de si rapide (→ Antipathie, cit. 4), de si vrai (→ Cagoule, cit. 1). || Il n'y a rien de moins attentif (cit. 14) que les enfants. || Il ne faut rien de trop (→ Moyen, cit. 5). || « Il en reste ? Un peu, mais rien de trop. » || Je ne souhaitais rien d'autre (→ Fiançailles, cit. 4). || Rien ne peut arriver de pire que ce détachement (cit. 6). || Il n'y a rien de tel… || Rien de tel ne paraît (→ Frigidité, cit. 2).
29 (…) il ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour lui (…)
Molière, Dom Juan, I, 1.
30 Ta parole est un chant où rien d'humain ne reste.
Hugo, Hernani, V, 3.
31 Je me souviens de jours où rien d'important ne s'était produit.
Aragon, le Roman inachevé, p. 96.
N'avoir rien de… : n'avoir aucune chose qui soit… || N'avoir rien de commun avec… (→ For, cit. 1).Par ext. N'être pas du tout… || Son aspect (cit. 12) n'avait rien de farouche. || Le salon n'avait rien de bien luxueux (cit. 2). || Cela n'a rien d'impossible, n'a rien d'anormal, est tout à fait possible, normal.
(En fonction d'attribut). || N'être rien. Être.(1541). N'avoir aucune position sociale. || Vous épousez une personne qui n'est rien (Marivaux, la Vie de Marianne, VIII). || « Ci-gît Piron, qui ne fut rien, pas même académicien » (cit. 1).(Mil. XVIe). N'avoir aucune valeur, aucune importance. || « La naissance (cit. 8) n'est rien où la vertu n'est pas » (Molière). || Un bien sans qui les autres ne sont rien (→ Acheter, cit. 8). || Le génie (cit. 33) sans talent n'est rien. || L'absence (cit. 9) ni le temps ne sont rien quand on aime. || L'or (1. Or, cit. 19) est tout, le reste n'est rien (→ aussi Maltôtier, cit.). || Douze siècles ne sont rien (→ Divertir, cit. 7). || N'être rien par rapport, en comparaison de, au prix (cit. 20) de…N'être rien pour qqn (→ Posséder, cit. 25).
32 Lui seul est Dieu, Madame, et le vôtre n'est rien.
Racine, Athalie, II, 7.
33 Est-il bien possible, elle n'était rien ! rien pour mon cœur, il y a si peu de jours !
Stendhal, le Rouge et le Noir, II, XX.
34 Cérizet disait parfois à Théodose, par ce regard révolutionnaire que deux fois en ce siècle les souverains ont connu : — Je t'ai fait roi, et je ne suis rien. C'est n'être rien que de n'être pas tout.
Balzac, les Petits Bourgeois, Pl., t. VII, p. 192.
35 — Ce n'est rien, Joseph, je me laisse quelquefois aller au découragement; mais ces moments sont courts, et j'en sors plus fort qu'avant.
A. de Vigny, Cinq-Mars, VII.
(1538). Ce n'est rien : c'est sans importance, sans conséquence, sans gravité. || « Ce n'est rien, c'est une femme (cit. 26) qui se noie » (La Fontaine). || « Vous vous êtes blessé ? — Ce n'est rien ». || Ce ne sera rien, vous vous remettrez vite (→ Grog, cit. 2). — Cf. Ce n'est pas rien (→ ci-dessous, B., 6.).
Ne… que (renforcé par rien). Seulement. || Ils n'ont rien que leur salaire (→ Fille, cit. 8). || « Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l'herbe (cit. 12) qui verdoie ». || Je ne vois rien qu'un abîme (cit. 6) d'ennuis. || Ils n'ont rien fait que les obscurcir (cit. 11). || Je n'ai rien dit (cit. 19) que ce que je pense.
36 On me l'avait bien dit, que son maître Aristote n'était rien qu'un bavard.
Molière, le Mariage forcé, 4.
(Suivi d'un adverbe de comparaison). || Je n'aime rien tant que ce qui va se produire (→ Aube, cit. 10), que la sincérité (→ Mordicus, cit.). || On ne voit rien plus clairement que les erreurs d'autrui.
37 Je veux un homme qui soit bon, qui ne soit rien davantage (…)
La Bruyère, les Caractères, VIII, 31.
Rien moins (que…). a Vieilli. (Rien en fonction d'objet ou d'attribut). || Il n'est rien moins qu'un savant : il est moins un savant que quoi que ce soit d'autre, il est tout plus qu'un savant (c'est-à-dire : il n'est aucunement un savant). Aucunement, nullement. || Son imagination qui n'est rien moins que vive (→ Irrésolution, cit. 1). || « Ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit » (Molière, Tartuffe, 1er placet).
38 Enfin, un après-midi que je ne songeais à rien moins, je vis arriver M. le Maréchal de Luxembourg, suivi de cinq ou six personnes.
Rousseau, les Confessions, X.
39 J'étais, certes, rien moins que sûr que cette adhésion suppléerait à tout ce qui manquait pour assurer l'ordre public.
Ch. de Gaulle, Mémoires de guerre, t. III, p. 14.
b (XVIIe). Mod. Bel et bien, pas moins. Moins (pas moins, cit. 28). || « Il ne s'agissait de rien moins que d'allumer le feu (cit. 42) de la guerre civile » (Bossuet). || « Il n'a fallu rien moins que l'expédition des croisés (…) pour que le nom d'une localité étrangère s'introduisît dans notre langue » (Littré, Préface, p. XXXIV).
40 À peine rentrée chez elle, madame de Chasteller eut assez de force de volonté pour éloigner sa femme de chambre, qui ne demandait rien moins qu'un récit complet de l'accident.
Stendhal, Lucien Leuwen, I, XIX.
41 (Il) accusait fermement Miraut d'être l'assassin de ses poules et ne parlait rien moins que d'intenter à Lisée un bon procès (…)
L. Pergaud, De Goupil à Margot, p. 44.
c Rien de moins, de moindre (que…) : rien d'inférieur à, de moins important que; bel et bien. || « Il ne s'agit de rien de moins que de changer une égalité en inégalité » (Valéry, Regards sur le monde actuel, p. 54, in Grevisse). || Je n'ai prétendu à rien de moindre qu'à donner une monographie (cit. 2).
42 (…) cet excentrique charmant (…) observez-le : il a choisi rien de moins que de donner sa vie pour ses amis.
F. Mauriac, in le Figaro littéraire, 3 févr. 1962.
3 Loc. adv. En rien (positif) : en quoi que ce soit. || Elle ne souffrait pas que l'héritier fût désobéi (cit. 6) en rien. || Je ne me reconnais aucun droit d'incliner (cit. 14) en rien sa pensée.Sans… en rien… || Sans gêner en rien la marche de son affaire (→ Liquide, cit. 7). || Sans pouvoir faire en rien le bonheur d'une femme (→ Présence, cit. 4).Ne… en rien : d'aucune manière, pas du tout. || Il ne nous touche en rien (→ Existence, cit. 6). || Elles ne sont en rien de la grande littérature (→ Poser, cit. 16). || Une pitié qui n'altère (cit. 4) en rien leur félicité. || Il ne rappelait en rien l'étincelante (cit. 6) érudition du premier. || Ne le céder en rien à… (→ Christianisme, cit. 2).
43 (…) l'appétit de vérité, qui était le mobile de mon existence, ne fut en rien diminué. Mes habitudes et mes manières ne se trouvent presque en rien modifiées.
Renan, Souvenirs d'enfance…, VI, Œ. compl., t. II, p. 892.
44 Cette insouciance (…) les pires événements ne l'auront en rien amendée.
Gide, Journal, 16 nov. 1915.
B (Sans ne). Nulle chose, aucune chose.
1 Fam. (Objet direct dans une phrase négative complète). || J'ai rien dit (→ Jacter, cit. 1). || I (il) fait rien, ce type. || Ça vaut rien, rien de rien. || J'ai rien vu, rien vu du tout.
44.1 Quand je la décevais vraiment trop, elle m'appelait alors par mon nom de famille, celui de mon père, m'indiquant ainsi que je n'étais pas de même sang qu'elle, que j'étais rien.
Marie Cardinal, les Mots pour le dire, p. 238.
REM. Rare dans la langue écrite normalisée (notamment imprimée), cet emploi est très fréquent dans la langue parlée non soutenue (→ Ne).
2 a (Comme réponse négative à une question). || Que faites-vous ? Rien. || « Qu'est-ce là ? lui dit-il. — Rien » (→ Encore, cit. 18). || Que puis-je ? Rien (→ Malheureux, cit. 19). || De quoi jouit-on ? De rien (→ Existence, cit. 4). || À quoi cela mène-t-il ? À rien.
45 Qu'y a-t-il pour nous ? Rien. Et pour eux, tout (…)
Maupassant, l'Inutile Beauté, III.
46 À quoi penses-tu ? — À rien.
F. Mauriac, le Nœud de vipères, I, IX.
b (En phrase elliptique). || Rien à dire, c'est parfait. || Rien à objecter ? || Rien à voir avec… (→ Obstination, cit. 5).Rien à faire : la chose est impossible (cf. fam. Pas moyen); en réponse à une demande. Non; bernique, macache. || « Hurler (cit. 7) avec les loups ? Rien qui me ressemble moins ».(Avec un attribut). || Au demeurant, rien de moins apprêté (cit. 2). || La bourrache (cit. 2), rien de tel pour les bronches. || Rien de plus regrettable (→ Exhaustif, cit. 1). || Rien d'étonnant si… (→ Large, cit. 16).
47 Qu'est-ce qui a été autrefois ? C'est ce qui doit être à l'avenir. Qu'est-ce qui s'est fait ? c'est ce qui se doit faire encore. Rien de nouveau sous le soleil (…)
Bible (Sacy), l'Ecclésiaste, I, 9-10.
48 La misère, c'est quand on dit :
Rien à perdre et tout à gagner.
Guillevic, la Misère, Œ. choisies, p. 153.
c (En complément et introduit par une préposition). || L'air de rien. — ☑ Fam. Mine de rien.« Je vous remercie. — De rien » (je vous en prie).Un propre à rien; un bon à rien (→ Foutre, cit. 3; gâcheur, cit. 2; licheur, cit. 2).
d (En corrélation avec un autre terme, et, spécialt, avec tout).C'est tout ou rien : il n'y a pas de demi-mesure. || C'est cela ou rien : vous n'avez pas d'autre choix. || Tout en général (cit. 26) et rien en particulier. || « Un milieu entre rien et tout » (Pascal; → Homme, cit. 51).Ce que nous pouvons faire ou rien, c'est la même chose : nous ne pouvons rien faire d'utile (→ Fataliste, cit. 2). || « J'y vendrai ma chemise (cit. 7); et je veux rien ou tout ».
49 Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes.
La Fontaine, Fables, I, 7.
50 — Je veux être Chateaubriand ou rien.
Hugo, in Victor Hugo raconté, XXIX.
51 Ô médiocrité, celui qui pour tout bien
T'apporte à ce tripot dégoûtant de la vie,
Est bien poltron au jeu, s'il ne dit : Tout ou rien.
A. de Musset, Premières poésies, « Vœux stériles ».
52 Il faut tout prendre au sérieux, mais rien au tragique.
Thiers, Disc. prononcé à l'Assemblée nationale, 24 mai 1873.
e Rien de plus, de mieux, etc. (employé pour reprendre une idée en la limitant). || Je suis un camarade, rien de plus (→ Geste, cit. 17). || Vous vous êtes donné la peine de naître et rien de plus (→ Fier, cit. 10).
53 Elle ne disait que le nécessaire, rien de plus, rien de moins.
A. Hermant, l'Aube ardente, VIII.
3 (Comme second terme d'une comparaison). Moins, mieux… que rien. || Une opinion (cit. 7) c'est mieux que rien (qu'aucune opinion). || De près, c'est moins que rien (→ Imposer, cit. 38). — ☑ Si peu que rien : très peu, presque rien. Peu (supra cit. 52).
54 C'était mieux que rien du tout, une telle satisfaction. N'importe quoi, dans la vanité, c'est mieux que rien du tout.
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 126.
En moins de rien : en très peu de temps. Rapidement. || « Toute votre félicité… En moins de rien tombe par terre… » (Corneille; → Instabilité, cit. 2). || En moins de rien ils ont été couchés (→ Flamme, cit. 8). → ci-dessous, II., 3., en un rien de temps; et aussi En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
55 (…) ne parlez pas si haut; il y a bien des mauvais sujets dans Besançon. On vous volera cela en moins de rien.
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, XXIV.
Vx. Comme rien : comme aucune chose, d'aucune façon, pas du tout. || Je m'en soucie comme rien.
56 Vous jugez donc bien à présent que son mépris m'importe comme rien (…)
Cyrano de Bergerac, Lettres satiriques, Contre Scarron.
57 Et sa morale faite à mépriser le bien,
Sur l'aigreur de sa bile opère comme rien.
Molière, les Femmes savantes, II, 9.
Par antiphrase (fam.). Facilement, aisément. || Cela atteint des millions comme rien (→ ci-dessous, comme un rien).
57.1 Dans ce temps-là, les filles s'appelaient Caroline comme rien.
M. Aymé, Maison basse, p. 110.
4 Rien que… (ellipt., ou en corrélation avec un objet exprimé). Seulement. || Rien que des dentelles, pas un habit (cit. 25) noir. || « Pas la couleur, rien que la nuance ! » (cit. 9, Verlaine). || Toute la vérité, rien que la vérité (→ Naturaliste, cit. 7). || Rien que le ciel immense (→ Alentour, cit. 2). || Rien que la terre, roman de P. Morand.
58 Rien que la nuit et nous. Félicité parfaite !
Hugo, Hernani, V, 3.
59 Ici, il n'y avait plus d'arbres d'aucune espèce; il n'y avait même plus trace d'herbe : c'était gris et blanc, gris et puis blanc, et rien que gris et blanc.
C.-F. Ramuz, la Grande Peur, II.
(Par iron.). || Rien que quinze ans de différence ! (→ Jeunesse, cit. 32). — ☑ (1792, in D. D. L.). Rien que ça ! || Il en exige le double, rien que ça ! Paille (une paille !).Rien qu'un peu !
60 — (…) laissons là l'amour, et soyons bons amis. — Rien que cela ? Ton petit traité n'est composé que de deux clauses impossibles.
Marivaux, le Jeu de l'amour et du hasard, I, 7.
(Devant un compl. prépositionnel). || Rien qu'à…, rien que pour…, que de…, etc. || Il faut que tu sois à moi, rien qu'à moi (cit. 36). Uniquement. || Des gourmandises (cit. 12) rien que pour elle. || Deux cents cas rien que dans la région. || Rien que dans le cerveau, on compte 9 milliards de neurones (cit. 1). || Un champ où tout pousse rien qu'à souffler dessus ! (→ Feignant, cit. 2). || Rien qu'à le regarder, on sentait comment il pouvait courir (→ Cerceau, cit. 1). || Rien que d'y penser, j'en frémis.
61 J'arrive au dramatique rien que par l'entrelacement du dialogue et les oppositions de caractère.
Flaubert, Correspondance, 432, 12 oct. 1853.
62 (…) rien que d'y penser j'en suis choquée (…)
Proust, Du côté de chez Swann, Pl., t. I, p. 88.
63 (…) j'aurais donné par exemple mon dernier dollar à la concierge de Lola rien que pour la faire bavarder.
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 194.
Rien que… (introduisant un nom, sujet d'une proposition).
63.1 Rien que son rythme mettrait l'Indien du Sud plus près de l'Européen que le Bengali.
Henri Michaux, Un barbare en Asie, p. 124.
Ellipt. (et fautif). || Rien que (et n., suivi d'une proposition) : rien qu'à voir, qu'à penser à…, qu'à imaginer; en voyant (pensant…) seulement à (ce que désigne le nom).
63.2 — Rien que ses jambes, je deviens fou ! s'écria-t-il, piétinant la langue française.
Montherlant, Pitié pour les femmes, p. 58.
5 (Après une préposition). Chose ou quantité nulle, ou quasi nulle. || Faire qqch. de rien (→ Invention, cit. 8). || De rien à qqch., à tout. || À propos (cit. 3) de rien. || Vivre content (cit. 7) de rien. || Faire un procès de rien (→ Dragon, cit. 3). || Venir, devenir (vx) à rien. || Tomber, se réduire à rien. Zéro (à). → Matérialisme, cit. 5. — (Après le mot fois). || Un petit secours, trois fois rien (→ Gêner, cit. 24).
64 (…) ma terre de Bourbilly est quasi devenue à rien par le rabais et par le peu de débit des blés et autres grains.
Mme de Sévigné, 1022, 31 mai 1687.
65 (…) c'est devenu entre elles un gentil usage de s'installer ainsi les unes chez les autres, pendant des jours ou même des semaines, à propos de tout et de rien, quelquefois pour se faire une simple visite (…)
Loti, les Désenchantées, I, II.
65.1 Mais ici, pas un instrument quelconque, pas un ustensile. De rien, il leur faudrait arriver à tout !
J. Verne, l'Île mystérieuse, t. I, p. 63.
Pour rien [puʀʀjɛ̃]; pop. ou plais. [puʀəʀjɛ̃]  : pour une chose nulle. || Comptez pour rien le reste (→ Lieu, cit. 35). || Comptez-moi pour rien s'il s'agit de se battre (→ Compter, cit. 17). || Il nous compte pour rien : il ne fait aucun cas de nous.Pour un résultat nul. || Se déranger pour rien. Inutilement. || Faire qqch. pour rien (→ Prétendre, cit. 20), pour des prunes.|| Une mesure (cit. 34) pour rien. || Mourir pour rien (→ Ouf, cit. 2).Pour une cause insignifiante, sans raison.Beaucoup de bruit pour rien. || Se chamailler pour rien (→ Guerroyer, cit. 3). Plaisir (à). → ci-dessous, II., pour des riens.Sans payer. Gratuitement. || Je l'ai eu pour rien, en prime. || Rien pour rien (→ Donnant donnant).Par exagér. À bas prix, à vil prix (→ ci-dessous, cit. 69).Syn. : pour une bouchée de pain. || Acheter des billets pour rien (→ Réassigner, cit.). || Tout ça pour rien, des occasions (cit. 13) uniques. || C'est donné, c'est pour rien ! Marché (bon marché).(Avec un verbe à la forme négative). || Ce n'est pas pour rien que… (→ Nourrisson, cit. 2). — ☑ Loc. prov. (1816; on ne fait rien pour rien, 1619, in D. D. L.). On n'a rien pour rien. — ☑ Prov. (vx). Rien pour rien, tout pour argent (Béroalde de Verville, v. 1610).
66 J'ai su qu'en secret même il lui faisait du bien,
Et peut-être cela ne se fait pas pour rien.
Molière, le Dépit amoureux, II, 1.
67 — C'est un grand abus que de les vendre (les charges) !
— Oui, l'on-on ferait mieux de nous les donner pour rien.
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, III, 12.
68 Monsieur, rien de rien ou rien pour rien est une des plus justes lois de la nature et morale et physique.
Balzac, la Femme de trente ans, Pl., t. II, p. 748.
69 (…) d'immenses terrains achetés pour rien avant la conquête et revendus le lendemain de l'occupation française à des compagnies de colonisation.
Maupassant, Bel-Ami, II, VII.
70 À la formule atroce de l'économie libérale, « on n'a rien pour rien », Jacques Maritain a raison d'opposer comme but que doit atteindre la civilisation sur le plan matériel : « le plus de choses possible pour rien ».
Daniel-Rops, Ce qui meurt…, p. 146.
71 Voyez donc bien qu'ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins !
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 65.
6 (Attribut). || N'être pas rien : n'être pas inexistant, négligeable. || L'internationale (cit. 3), ce n'est pas rien. — ☑ Fam. Ça n'est pas rien (c'est pas rien) : ce n'est pas une petite affaire, cela compte.
72 « Rien ne se fait de rien », disent-ils; mais la souveraine puissance de Dieu n'est pas rien; elle est la source de la matière aussi bien que celle de l'esprit.
Joseph Joubert, Pensées, I, XII.
73 (Polyeucte) sait que les faux dieux ne sont rien. Mais il sait aussi que les adorateurs des faux dieux ne sont pas rien.
Ch. Péguy, Note conjointe…, Sur Descartes, p. 182.
De rien.(Personnes). De peu ou vil, de mauvaise conduite. || Des gens de rien (vieilli). → Bélître, homme de paille (vx). Vaurien (→ Planter, cit. 17). || Une fille de rien.(Choses). Insignifiant.
74 Mon nom serait au rang des Héros qu'on renomme
Si mes prédécesseurs avaient saccagé Rome :
Mais je suis regardé comme un homme de rien,
Car mes prédécesseurs se nommaient gens de bien.
Cyrano de Bergerac, la Mort d'Agrippine, II, 4.
75 (…) une affaire de rien, et qui ne mérite pas qu'on s'en remue (…)
La Bruyère, les Caractères, VIII, 61.
76 Mais quoi ! s'écriait-il tout à coup en marchant d'un pas convulsif, souffrirai-je comme si j'étais un homme de rien, un va-nu-pieds, qu'elle se moque de moi avec son amant ?
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, XXI.
76.1 C'est un jeune homme de rien, qu'on ne sait d'où qui (qu'il) sort, d'où qu'il est.
Henri Monnier, Scènes populaires, t. I, p. 259.
De rien du tout (comme complément de nom) : sans valeur, sans importance. || Un déplacement de rien du tout (→ Modification, cit.). Insignifiant. || Un petit bobo de rien du tout. Méchant.
77 Les placards, dont il amena à lui les portes, lui montrèrent des entassements de rien du tout, des accumulations de loques épinglées, de cartons démolis, de coupons hors d'usage (…)
Courteline, Boubouroche, Nouv., IV.
78 — Tu sais… ma fleur… j'en suis responsable ! Et elle est tellement faible ! Et elle est tellement naïve. Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde…
Saint-Exupéry, le Petit Prince, XXVI.
———
II N. m. (1406). Phonét. : pas de liaison (ex. : un rien effraie [ʀjɛ̃efʀɛ] cet enfant).
1 Didact. ou poét. Néant (cit. 1); absence, inanité, vide. || Le rien, c'est ce qui n'existe pas (→ Inconnu, cit. 38). || Ô néant (cit. 24), ô vrai rien !
79 Tout est-il vide et absence dans la région des sépulcres ? N'y a-t-il rien dans ce rien ? N'est-il point d'existences de néant (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. III, p. 332.
80 Je viens vous dénoncer votre bonheur. Il est fait du malheur d'autrui. Vous avez tout, et ce tout se compose du rien des autres.
Hugo, l'Homme qui rit, II, VIII, VII.
81 Car tout se vaut devant le rien universel (…)
Hugo, les Années funestes, XXXVIII.
82 Et tandis qu'on philosophait sur le rien de cette existence, il triomphait, ce rien, jusque dans la mort.
Alphonse Daudet, l'Immortel, VIII.
83 Si rien ne me contraint à sauver ma vie, rien ne m'empêche de me précipiter dans l'abîme (…) Cette liberté, qui se découvre à nous dans l'angoisse, peut se caractériser par l'existence de ce rien qui s'insinue entre les motifs et l'acte (…) Et si l'on demande quel est ce rien qui fonde la liberté, nous répondrons qu'on ne peut le décrire, puisqu'il n'est pas (…)
Sartre, l'Être et le Néant, Orig. de la négation, p. 69-71.
2 Cour. || Un rien : une chose sans importance, insignifiante, futile. Bagatelle, vétille. || Un rien presque suffit pour le scandaliser (→ Jusque, cit. 58). || Un rien le froissait (→ Hérisser, cit. 38). || Un rien les trouble (→ Là, cit. 59). || Un rien l'habille. Bricole, colifichet. || Joyeux (cit. 3) d'un rien.Par antiphr. || « Il en demande la moitié. — Un rien ! » (→ ci-dessus, rien que cela). || Donnons-lui le rien qui le contente (→ Histoire, cit. 57).(1667). Au plur. || Des riens. || Faire des riens (→ Loisir, cit. 3). Babiole. || Perdre son temps, s'amuser à des riens (→ Musarder, cit. 2). Bêtise, niaiserie. || Il retenait ce qui semblait aux autres des riens puérils (→ Distraction, cit. 5). || Les riens de la vie (→ Mégère, cit. 3). || Les petits riens qui rendent une maison agréable.Mus. || Les Petits Riens, ouverture et danses de Mozart.
84 Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
La Fontaine, Fables, II, 14.
85 Vous ignorez donc combien un rien a d'empire sur nous. Un rien nous attriste, un rien nous console; un rien nous élève, un rien nous détruit. Un rien relève les charmes d'une jolie femme, un rien nous fait perdre ses bonnes grâces; mais un rien nous fait adorer d'elle. Près des femmes avec un rien on obtient tout, et bientôt le dégoût de la possession succédant au plaisir, ce tout charmant n'est plus à nos yeux qu'un rien très ordinaire qui n'a de prix que pour celui qui ne les connaît pas.
Carmontelle, Proverbes dramatiques, À bon vin point d'enseigne, 9.
86 (…) il y a du désespoir dans l'air; et tout à coup on y sent une caresse, un souffle qui passe qui vous relève. Qu'est ce souffle ? une note, un mot, un soupir, rien. Ce rien suffit. Qui n'a senti en ce monde la puissance de ceci : un rien !
Hugo, l'Archipel de la Manche, XVIII.
87 (…) elle fait d'un rien trois choses différentes et se sert de tout pour faire de charmants riens.
Pierre Daninos, in le Figaro, 13 févr. 1952.
Pour un rien, des riens : pour la moindre cause, pour une raison insignifiante (→ Devenir, cit. 6; entraînable, cit.; étouffer, cit. 11; fumeux, cit. 1; maltraiter, cit. 8). || Pour un rien ils se cassaient (→ Lézard, cit. 2). || Se faire pour un rien de la bile (→ Fixe, cit. 6). || Il fait des histoires pour un rien, pour des riens.
88 Voilà bien du bruit pour un rien.
Molière, le Bourgeois gentilhomme, III, 10.
(XXe; emploi critiqué). Fam. || Comme un rien (probablt par corruption de comme rien). Très facilement. || Il saute 1 m 50 comme un rien. || Une machine qui broierait un homme comme un rien.
3 Un rien de… : un petit peu de. || Une lettre affectueuse, avec un rien de condescendance. || « En reprenez-vous ? Un rien » (→ Une goutte, une miette…).
89 Un rien de grog et de fatigue et ça y était, elle s'endormait en ronflant (…)
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 316.
90 — J'aimerais que notre arrivée gardât un rien d'imprévu (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XXII, XXXIV, p. 287.
En un rien de temps : en très peu de temps. Promptement. || Il était prêt en un rien de temps. || Reprendre qqch. en un rien de temps (→ Reine, cit. 2).Absolt. Vx. || En un rien. || « Ma joie en moins d'un rien comme un éclair (cit. 8) s'enfuit » (Régnier). → ci-dessus, en moins de rien.Rare. || Pour un rien de temps.
91 Il n'est peine si grande
Qu'un rien ne suspende
Pour un rien de temps (…)
Valéry, Rhumbs, p. 267.
92 (…) vous savez qu'à Toulon, j'en ai vues, elles gagnaient un timbre-poste de quinze centimes en un rien de temps à ce système-là (…)
Aragon, les Beaux Quartiers, I, XII.
Loc. adv. || Un rien : un petit peu, légèrement (→ Un tantinet). || Des cheveux noirs un rien crêpelés (→ Métis, cit. 1). || Costume un rien trop grand.
93 Et de petits pieds maigres et de petites mains un rien grassouillettes (…)
Ed. et J. de Goncourt, Chérie, LVII, p. 202.
94 Mais ses pensées ne l'ont pas quitté. Elles trottent même peut-être un peu plus vite. Elles sont un rien fiévreuses.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, VIII, p. 64.
95 (…) des gaufrettes ramollies qui sentaient le fond de tiroir et un rien aussi le pétrole.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, X, p. 78.
———
III Adv. (Fin XIXe). Par antiphr. Pop. || Rien : très. || Il fait rien froid ! || C'est rien moche ! Drôlement, rudement, vachement.
96 — Elles sont rien drôles ! dit la voix enrouée d'une laveuse.
Zola, l'Assommoir, t. I, I, p. 31.
97 — Paulot, disait l'un d'eux, te v'là dehors, c'est rien bath !
Francis Carco, Jésus-la-Caille, II, X.
REM. Cet emploi, très marqué, semble légèrement vieilli.
———
IV N. m. et f. (En composition).
1 Un, une rien du tout, ou rien-du-tout : personne de rien (socialement, moralement).
98 — Qui est-ce, madame Cibot ? demanda Madame Chapoulot.
— C'est une rien du tout (…) une sauteuse qu'on peut voir quasi nue tous les soirs pour quarante sous (…) répondit la portière (…)
Balzac, le Cousin Pons, Pl., t. VI, p. 737.
99 Nous voyons bien que vous êtes de mauvaises gens, des brigands, des rien du tout et des menteurs.
G. Sand, la Mare au diable, Appendice, II.
100 Une boutique bleue à cette rien-du-tout, si ce n'était pas fait pour casser les bras des honnêtes gens !
Zola, l'Assommoir, t. I, V, p. 167.
101 — Oh ! ces riens du tout, dit Lequeu, qui cherchait à être aimable, on sait comment elles le gagnent, l'argent.
Zola, la Terre, IV, IV.
2 Un, une rien de rien (même sens).REM. Ces expressions sont en principe invariables, cependant quelques auteurs mettent la marque du pluriel. Des riens de riens qui n'auraient pas dépensé dix sous à l'inutile (Zola; → Payer, cit. 43).
CONTR. Chose (quelque chose), tout. — Beaucoup.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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